Compte rendu d’exposition : “Révéler le féminin – Mode et Apparences au XVIIIe siècle” (Paris, musée Cognacq-Jay,25 mars – 20 septembre 2026)

Ill.1 – Affiche de l’exposition “Révéler le féminin” (musée Cognacq-Jay, Paris)
Présentée au musée Cognacq-Jay en collaboration avec le Palais Galliera, l’exposition « Révéler le féminin. Mode et Apparences au XVIIIe siècle » se propose d’explorer les différentes mises en scène de la figure féminine au XVIIIe siècle à travers un dialogue entre arts visuels et culture matérielle du vêtement. Elle réunit une sélection de vêtements, dentelles, peintures, objets d’art et photographies contemporaines articulée autour d’un parti pris scénographique affirmé. L’exposition est à découvrir du 25 mars au 20 septembre 2026 à l’hôtel Donon. Cette dernière est née de la collaboration entre Pascale Gorguet Ballesteros, conservateur général du patrimoine et responsable des départements mode XVIIIe et poupées au Palais Galliera, Adeline Collange-Perugi, conservatrice du patrimoine au Musée d’arts de Nantes, et Saskia Ooms, responsable des collections du musée Cognacq-Jay. Elle invite à découvrir différentes facettes de la féminité du siècle des Lumières, depuis les manières de se montrer au monde jusqu’à ses représentations dans les œuvres peintes, gravées et manufacturées.
À l’entrée du musée Cognacq-Jay, le visiteur est accueilli par le regard franc de Catherine Perrin née Deleuse (1766-1847), vêtue d’un somptueux manteau satiné (ill.1). Issu des collections du musée des beaux-arts de Valenciennes, ce portrait exécuté par son mari Jean-Charles Nicaise Perrin (1754-1831), peintre néoclassique encore trop peu connu dans la tradition davidienne, est un choix qui interpelle le passant et suscite l’envie de visiter l’exposition consacrée à la mode féminine du XVIIIe siècle.
Cette exposition se divise en six espaces correspondant à trois lieux communs de la société bourgeoise et aristocratique de cette période. Les commissaires invitent tout d’abord le visiteur à considérer le portrait comme révélateur de l’identité sociale et du faste du vêtement féminin. Puis viennent les types variés de portraits de famille, en couple ou avec enfants. Enfin, les fêtes galantes et pastorales prennent place dans un discours soutenu par la présentation d’œuvres diversifiées (arts graphiques, tapisserie, porcelaines, etc.).

Ill.2 – Pièce d’estomac, dentelle mécanique et passementerie de soie, vers 1745 & Portrait de Marie-Adélaïde de France, fille de Louis XV (attribué à Jean-Marc Nattier), vers 1750.
Révéler le féminin est donc l’ambition affichée de cette exposition. Plusieurs œuvres textiles dialoguent avec des peintures, incitant le visiteur à identifier les liens entre la pièce de mode et celle représentée dans la toile peinte. Les accessoires vendus par les mercières marchandes de mode ne sont jamais loin non plus (rubans de passementerie ou nœuds de manche). Au détour de la première salle, un couloir étroit (salle 2) mène à une remarquable pièce d’estomac provenant du musée d’Écouen en dentelle mécanique et passementerie de soie (ill.2) directement placée sous le portrait de Marie-Adélaïde de France, attribué à Jean-Marc Nattier (1685-1766). Les commissaires ont, en parallèle, fait le choix de présenter la postérité de certains motifs – floraux notamment – et de certains effets de textures du XVIIIe siècle dans la photographie ou la mode contemporaine.
Cependant, malgré la qualité de la scénographie d’ensemble, le propos se dilue et demeure assez superficiel. Le parcours, bien que visuellement séduisant, peine à formuler un discours explicatif, dépassant le simple cadre de la monstration d’un « style français » : l’écart entre mode et apparences, pourtant annoncé dans le titre, reste essentiellement suggéré.
Au visiteur alors de saisir les différences entre les pièces de vêtement et les représentations picturales. Le connaisseur risque d’être déçu par des explications trop peu approfondies dans les salles tandis que l’amateur aura du mal à se faire une idée de la richesse du vêtement féminin au XVIIIe siècle. Rien n’est véritablement dit de la variété de ce vestiaire (robe sur panier, robe volante, robe à l’athénienne) comme Pascale Gorguet Ballesteros le fit dans le brillant catalogue collectif de l’exposition À la mode. L’art de paraître au XVIIIe siècle (Nantes, musée d’arts, 26 novembre 2021 au 6 mars 2022 et Dijon, musée des beaux-arts, 15 mai 2022 au 20 août 2022).
Ainsi, est-on en droit de s’interroger sur l’axe sélectionné par les commissaires. N’aurions-nous pas pu découvrir des facettes inédites permettant « une immersion dans l’univers fascinant de la féminité au siècle des Lumières » ? Les figures populaires des femmes au travail (paysannes, marchandes, domestiques, etc…) auraient pu faire l’objet de comparaisons stimulantes.

Ill.3 – Extrait du livret de visite de l’exposition “Révéler le féminin”
Si certains termes techniques sont présents dans le livret accompagnant la visite (ill.3), le visiteur aurait gagné à pouvoir lire quelques cartels dans le parcours scénographique pour différencier les modes féminines sans avoir été initié aux subtilités techniques. En effet, il risque fort de sortir de l’exposition avec les mêmes clichés qu’à son entrée : les femmes du XVIIIe siècle sont vêtues de riches robes de taffetas de soie, ornées de quelques fleurs de tissu et de rubans de dentelle.

Ill. 4 – Adélaïde Labille-Guiard, Portrait de femme, vers 1787. Musée des beaux-arts de Quimper.
L’occasion était belle pourtant de présenter aussi la variété des tissus si bien exprimée par les peintres : soie, satin, velours, dentelle. Le vêtement aurait aussi pu être décliné selon les occasions, selon les moments de la journée ou encore selon la classe sociale, ce que l’exposition ne parvient pas à faire.
Une exposition séduisante donc, par la qualité de certaines confrontations entre objets et images mais dont le discours scientifique limite la portée d’un sujet tel que Révéler le féminin au XVIIIe siècle. Il est toujours regrettable de ne pas profiter de ce type d’exposition pour proposer au public une véritable initiation à l’histoire des modes par une meilleure connaissance des techniques, des matières et des usages. D’autant plus lorsque les expositions sur la mode au siècle des Lumières sont également présentées dans plusieurs autres institutions parisiennes, telles le Palais Galliera (La mode du 18e siècle, un héritage fantasmé, du 14 mars au 12 juillet 2026) ou le musée des arts décoratifs (Une journée au XVIIIe siècle, chronique d’un hôtel particulier, du 18 février au 5 juillet 2026).
Élisa BÉRARD et Défendin DÉTARD
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Défendin Détard, elisaberard (21 avril 2026). Compte rendu d’exposition : “Révéler le féminin – Mode et Apparences au XVIIIe siècle” (Paris, musée Cognacq-Jay,25 mars – 20 septembre 2026). Groupe de Recherche en Histoire de l'Art Moderne. Consulté le 17 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/163md




